Près d’une centaine d’enseignants du privé manifeste au rectorat de Toulouse

vendredi 17 mai 2019
par  Laurence.V
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Après les enseignants du public, de plus en plus nombreux à douter des réformes Blanquer, ce sont les professeurs de l’enseignement privé qui réclament aussi la revalorisation de leur statut, de leurs conditions de travail, de leur salaire.
Une intersyndicale s’est constituée depuis janvier 2019.

SEPT SYNDICATS DE L’ENSEIGNEMENT PRIVÉ SOUS CONTRAT ONT APPELE À LA GRÈVE ET À LA MOBILISATION JEUDI 16 MAI 2019.

C’est une question de survie et de dignité pour les nombreux enseignants et enseignantes précaires du privé. Les réformes en cours vont générer des pertes de postes. Nos collègues maîtres délégués être les premiers impactés mais les professeurs en contrat définitif ne sont pas à l’abri de se retrouver au chômage car ils ne sont pas fonctionnaires.
C’est la double peine pour les enseignants du Privé !

Beaucoup des revendications sont communes à celles de nos collègues de l’enseignement public.

-  la révision à la hausse de l’ensemble des grilles de salaire des maîtres délégués et la réduction maximale du nombre de précaires ;
-  la mise en œuvre d’un réel plan de résorption de la précarité qui conduise à la contractualisation (et non au CDI tel qu’il existe aujourd’hui) ;
-  la mise en place d’un corps de contractuels remplaçants ;
-  l’attribution obligatoire par les jurys de l’ensemble des emplois mis au concours.
-  la baisse du nombre d’élèves par classe ;
-  la création des emplois nécessaires à une éducation de qualité ;
-  la reconnaissance de toutes les charges des enseignants et la rémunération correspondante ;
-  l’accès à une offre de formation variée et adaptée ;
-  la préservation de la liberté d’expression des enseignants ;
-  le réel contrôle par l’administration des chefs d’établissement, dont l’accès à cette fonction n’est sanctionné par aucun concours et sans obligation de formation ;
-  une équité réelle entre enseignants du premier et du second degré
-  une amélioration des conditions de travail, de promotions et de rémunération des professeurs du 1er degré ;
-  un arrêt des réformes en cours avec une consultation des enseignants sur les évolutions souhaitées dans l’éducation nationale.
-  le refus d’une 2e HSA imposée ;

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Introduction prononcée lors de l’audence au Rectorat de Toulouse :

Madame La Rectrice,
Mme Val, directrice de cabinet
M. Couedic, secrétaire général adjoint DRH
Mme Cabrol, directrice de l’enseignement privé (DEP)

Depuis quelques mois, une large intersyndicale de l’enseignement privé s’est mise en place.
A travers cette mobilisation inédite, nos organisations syndicales souhaitent attirer l’attention sur la situation des enseignant-e-s des établissements privés sous contrat.
Bien-sûr, nous partageons beaucoup d’analyses et de revendications avec nos collègues du public, que ce soit sur l’évolution de notre métier, sur notre rémunération ou sur la dangerosité des réformes en cours, mais aujourd’hui nous souhaitons vous exposer en particulier les difficultés rencontrées par les enseignant-e-s de l’enseignement privé sous contrat.
En effet, dans l’enseignement privé, en raison notamment de notre statut, nous rencontrons certains problèmes que ne connaissent pas nos collègues fonctionnaires, que ce soit dans le premier degré ou le secondaire. Mes collègues développeront.
Une triste spécificité de l’enseignement privé sous contrat est le recours massif à des enseignant-e-s précaires. (21 % dans le 2nd degré et 14 % dans le 1er degré). Cette situation est inadmissible car, comme vous le savez, les suppléant-e-s du privé sous contrat ne sont pas considéré-e-s à la hauteur du service qu’ils rendent à l’éducation nationale. Dans notre entretien, nous vous présenterons nos revendications pour améliorer significativement les conditions d’exercice de ces collègues.
La précarité est source de souffrances pour les professeurs mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle beaucoup trop d’enseignant-e-s sont au bout du rouleau. Bien souvent, le mal être au travail des collègues vient d’un rapport compliqué avec leur chef-fe d’établissement, que ce soit dans le premier ou le second degré. Dans l’enseignement privé, nous considérons que les chef-fe-s d’établissement ne sont pas assez contrôlé-e-s par l’administration dans l’exercice de leur fonction. Nous souhaiterions que cela change.
En organisant cette journée de mobilisation historique pour l’enseignement privé et en vous interpellant vous, les responsables de terrain, nous vous demandons de bien vouloir remonter nos doléances à Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale afin qu’il prenne la vraie mesure de nos conditions de travail et de nos revendications.
Nous vous en remercions par avance.
Je laisse maintenant la parole à mes collègues.

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Voici le texte énoncé à l’audience, par une représentante du 1er degré :

AUDIENCE RECTORAT - 1ER DEGRE

1-L’équité de traitement entre les enseignants du premier degré et du second degré : éliminer les différences
-  Aujourd’hui, on constate une inégalité des taux de promotion à la HC (13,2% pour le 1er degré contre 17% dans le 2nd degré, campagne 2018). Les critères du vivier 1 de la classe exceptionnelle limitent l’accès aux seules personnes ayant occupé des postes à responsabilité (direction notamment).
-  On assiste à un large dépassement des 108 heures pour assumer une charge de travail grandissante. Les HSA n’existent pas en 1er degré.
-  L’accès à la formation est plus difficile dans le premier degré notamment par manque de remplaçants disponibles.
-  Les MA du 1er degré sont rémunérés sur l’échelle de MA2, alors qu’en 2nd degré, les MA sont rémunérés sur l’échelle de MA1.
-  les grilles de rémunération sont très faibles, l’échelon 1 MA2 est au-dessous du SMIC

Nous demandons :
-  La réduction maximale du volant d’emplois précaires. Actuellement, ils représentent en moyenne 14% en 1er degré ;
-  La mise en œuvre d’un réel plan de résorption de la précarité qui conduise à la titularisation (et non au CDI tel qu’il existe aujourd’hui) ;
-  La mise en place d’un corps de contractuels remplaçants ;
-  Une augmentation des quotas de passage à la Hors Classe en 1er degré
-  L’attribution de l’ensemble des postes mis au concours.

2-La revalorisation immédiate des salaires

-  Les maîtres débutants qui enseignent à vos enfants gagnent à peine un peu plus du SMIC aujourd’hui, avec un niveau Bac + 5 exigé pour le concours
Les enseignants font partie des personnels -catégorie A- les moins bien rémunérés en France.
- L’application du PPCR n’a pas entrainé le rattrapage de pouvoir d’achat pourtant promis.

Nous demandons :
-  La révision à la hausse de l’ensemble des grilles de salaire.
-  La prise en compte de l’ancienneté des enseignants - ex instituteur.trices suppléants- qui ont été titularisés, recrutés par le biais d’un concours de recrutement pour la résorption de la précarité (niveau licence) comme instituteur ( non cadre) et non professeurs des écoles (cadre). Idem pour les ex suppléants titularisés par simple inspection.

Comment un pays qui reconnait si peu ses enseignants peut-il espérer qu’ils soient respectés et valorisés par une société qui aujourd’hui, trop souvent, évalue la qualité d’un professionnel à l’aune de ses revenus ?

3-L’amélioration des conditions de travail
Souffrances au travail, burn-out, addictions, suicides, démissions : leur nombre augmente chaque année.
Nous demandons :
-  La consultation du terrain donc des enseignants, premiers acteurs de l’éducation, pour la mise en place de réformes ;
-  La baisse du nombre d’élèves par classe, la création des postes nécessaires pour l’accueil de tous les élèves à besoins éducatifs particuliers, La reconnaissance de la charge des enseignantes et enseignants ;
-  du temps supplémentaire et des personnels formés dans le cadre de l’école inclusive
-  des visites médicales obligatoires avec la médecine du travail
-  Un réel contrôle de l’administration sur les chefs d’établissement habilités à évaluer les enseignant.es et partie prenante des mesures disciplinaires.

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Conclusion

L’Éducation doit être VRAIMENT une priorité pour tous : elle sera garante de la construction du Monde de demain et de son émancipation. Ce n’est pas avec des grands mots sur « L’école de la confiance », mais avec de grands actes de revalorisation et de reconnaissance de la profession d’enseignant que nous y parviendrons.

AUDIENCE RECTORAT - 2e DEGRE

1- Les réformes du LGT et LP
Etant motivées par une logique budgétaire, leurs mises en oeuvre vont conduire à :
 supprimer des postes (-550 emplois qui pèsent sur le lycée - enseignants des disciplines professionnelles en filière GA).
 générer la mise en concurrence généralisée entre établissements (publics et privés), entre disciplines et aussi entre les élèves, ceci par les choix de spécialités offerts.
 accentuer les inégalités territoriales et les inégalités sociales. Les territoires qui ont une forte densité d’élèves pourront offrir un large panel de spécialités, les autres auront un choix beaucoup plus restreint. Les maths n’étant plus dans le tronc commun, la sélection va s’opérer par les lettres et les langues, ce qui favorisera les élèves des CSP favorisées.
Même si nous avons été consultés à différentes reprises sur la réforme et sur les programmes, nous avons le sentiment que cela n’a servi à rien car rien n’a été modifié dans le projet.

Nous demandons :
 L’arrêt de la mise en oeuvre de ces réformes. Les enseignants n’ont pas un temps suffisant pour préparer la réforme, travailler les nouveaux programmes, les progressions, se former, prendre le recul indispensable pour mûrir leur réflexion... Sans compter les difficultés d’organisation. La situation est encore plus criante pour les lycées professionnels qui viennent seulement d’avoir leurs programmes définitifs.
 La mise en place d’une vraie consultation des enseignants sur les réformes souhaitées.

2- Les HSA
Le principe d’imposer une 2e heure supplémentaire aux enseignants :
 participe à la baisse et à la suppression des heures poste .
 est un moyen artificiel à l’augmentation du pouvoir d’achat des enseignants.
 remet en cause l’annualisation du salaire des enseignants dans les disparités de paiement qu’il propose.
 entraine des inégalités entre les personnels enseignants (entre 1er et 2nd degré notamment).
 aggrave les inégalités hommes-femmes puisqu’une partie de nos collègues femmes n’ont d’autre solution que de prendre un temps partiel afin d’échapper à ces heures supplémentaires pour assumer toutes les charges familiales.
Nous rappelons également que le montant de l’heure supplémentaire enseignant est, au-delà des 1ers échelons, inférieur au montant de l’heure poste.

Nous demandons l’abandon des heures supplémentaires imposées.

3- Le PPCR et les rendez-vous de carrière
Depuis le début de la mise en place du PPCR, certains critères pris en compte pour les évolutions de carrière ne tiennent pas compte de la spécificité du statut des enseignants du privé sous contrat d’association avec l’Etat. Par exemple, les critères d’éligibilité au vivier 1 de la classe exceptionnelle sont inadaptés et discriminatoires parce que trop restrictifs et ne tiennent pas compte de la réalité de l’Enseignement privé sous contrat d’association avec l’Etat.

Nous demandons une prise en compte des spécificités de l’Enseignement privé sous contrat d’association avec l’Etat et l’arrêt de la « transposition » sans conditions et inadaptée des textes s’appliquant à l’Enseignement public.

4- Les conditions de travail des enseignants
Elles ne cessent de se dégrader (souffrances au travail, burn-out, addictions, suicides : leur nombre augmente chaque année). Les origines en sont multiples :
 les suppressions de postes entrainent une augmentation des effectifs par classe ;
 le travail, visible ou « invisible », n’est pas pris en compte ;
 la mise en oeuvre de l’école inclusive se réalise sans les moyens nécessaires en termes de formation, d’encadrement et de matériel ;
 l’offre de formation se dégrade et s’avère de plus en plus limitée ou inadaptée ;
 la parole des enseignants pourtant premiers acteurs de l’Éducation n’est pas prise en compte. Cet état des lieux se retrouve dans le cadre des réformes successives qui sont clairement déconnectées de la réalité du terrain (cf point 6) et anxiogènes ;
 les pressions exercées par la hiérarchie administrative et institutionnelle
L’adoption récente de la Loi Blanquer (et particulièrement son article 1) laisse craindre qu’au nom de la « cohésion de la communauté éducative » les enseignants soient tenus de ne pas s’exprimer sur l’ensemble de ces problèmes sous peine de sanctions disciplinaires.

Nous demandons :
 la baisse du nombre d’élèves par classe ;
 la création des postes nécessaires ;
 la reconnaissance de la charge des enseignants ;
 l’accès à une offre de formation variée et adaptée ;
 la préservation de la liberté d’expression des enseignants ;
 le réel contrôle de l’administration sur les chefs d’établissement dont l’accès à cette fonction n’est sanctionné par aucun concours et sans obligation de formation. Ils sont pourtant habilités à évaluer les enseignants et sont partie prenante des mesures disciplinaires.

5- Les salaires
En comparaison du salaire d’entrée dans le métier par rapport au SMIC dans le tableau ci-dessous,
1980 1990 2000 2017 2018 2019
Smic/mois brut 353,29 786,06 1082,6 1480,27 1498,47 1521,22
Salaire mensuel brut
certifié 1er échelon 726,58 1261.07 1473,22 1784,04 1794,75 1818,18
Rapport salaire
prof/smic en % 205,66 160,43 136,08 120,52 119,77 119,52

et en constatant l’évolution de presque 2 fois le SMIC (1980) à 1,2 fois le SMIC aujourd’hui en début de carrière, la profession d’enseignant attire de moins en moins.
Nous constatons également que les enseignants font partie des personnels de catégorie A les moins bien rémunérés en France.

Nous demandons la revalorisation urgente des grilles de rémunération et du point d’indice de la Fonction publique dont dépendent évidemment les agents de droit public que sont les enseignants du privé sous contrat d’association avec l’Etat.

Pour conclure et puisqu’il serait trop long ici de faire la liste exhaustive des inégalités de traitement et des injustices flagrantes dues à notre statut et du manque évident de considération de notre profession, nous souhaitons simplement rappeler que pour pouvoir fournir un travail de qualité, il faut les moyens humains et financiers pour l’exercer et une reconnaissance légitime pour susciter l’envie de continuer et de progresser.


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