Pourquoi les professeurs se mobilisent sur le point d’indice ?

vendredi 18 janvier 2019
par  Laurence.V
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Le Monde, du 10 janvier 2019

Mouvement des « stylos rouges » : pourquoi les profs se mobilisent sur le point d’indice ?

Décryptage de la première revendication du mouvement des « stylos rouges », le dégel du point d’indice revalorisant le salaire des enseignants et membres de l’éducation nationale.

Près de deux mois de manifestation des « gilets jaunes » plus tard et ce sont les « stylos rouges » qui font leur rentrée. Des enseignants en colère, qui s’estiment oubliés par le gouvernement et par ceux qui l’ont précédé et réclament une revalorisation de leurs salaires et une meilleure reconnaissance de leur métier.

Organisés sur les réseaux sociaux, les « stylos rouges » regroupent 60 000 internautes sur Facebook et ont publié un manifeste avec treize revendications. Outre l’arrêt des suppressions de postes, le retrait du jour de carence pour maladie qui a été rétabli pour les fonctionnaires, une rediscussion de la réforme du lycée, davantage de moyens pour les élèves en difficulté ou encore la création d’une médecine du travail dédiée, ils souhaitent en premier lieu le dégel du point d’indice.

Invité dimanche 6 janvier de RTL, le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a affirmé être d’accord avec le point de départ des « stylos rouges » : « Je sais que l’on a un problème de pouvoir d’achat des professeurs », a-t-il reconnu.

Tout en précisant que le point d’indice n’était pas « l’alpha et l’oméga du pouvoir d’achat », assumant ainsi le développement d’une rémunération au mérite, promesse de campagne d’Emmanuel Macron, le ministre a annoncé la création d’un observatoire de la rémunération des professeurs pour le début d’année. Des explications qui n’ont pas convaincu les « stylos rouges » .

Comme l’ont fait remarquer les syndicats d’enseignants – le SNES, par exemple –, les rémunérations des enseignants sont connues de l’Etat… qui les rémunère. Tout comme est largement documenté le différentiel de traitement des enseignants français par rapport à leurs homologues d’autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ou par rapport à d’autres cadres de la fonction publique.

Un point d’indice au pas depuis dix ans

Le point d’indice sert de base au calcul de la paie des fonctionnaires. Il est augmenté régulièrement pour corriger l’inflation et pour que les fonctionnaires ne perdent pas de pouvoir d’achat. Plusieurs gouvernements ont cependant choisi de geler le point d’indice pour limiter l’accroissement du poids de l’éducation nationale dans le budget de l’Etat – qui est l’un des plus gros postes de dépenses. Depuis 2010, le point d’indice n’a été revalorisé que deux fois, en 2016 et en 2017.

L’inflation a été très ténue pendant les années de ralentissement de la croissance (2009-2010 et 2013-2016), mais elle s’est depuis ranimée. En 2018, la hausse des prix a approché du seuil symbolique des 2 %, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques. Même si elle devrait refluer en 2019, elle est toutefois attendue autour de 1 %.

Selon les calculs du syndicat CGT, un enseignant du secondaire (catégorie A) qui gagne actuellement 3 112 euros brut mensuels aurait pu prétendre à 3 562 euros si le point d’indice avait suivi l’inflation ; pour un adjoint administratif (catégorie C), la perte est de 249 euros, soit plus de 14 % de son salaire.

Un avancement qui pourrait s’améliorer

Les enseignants peuvent-ils compter sur l’avancement pour voir leur salaire s’améliorer ? Le gouvernement assure que oui : selon ses calculs, la rémunération moyenne des agents augmentera de 4 % en 2017 et de 2 % en 2018 en prenant en compte l’ancienneté et les promotions individuelles. C’est, en réalité, plus compliqué :

Il est vrai que, plus âgés, les professeurs voient leur traitement amélioré mécaniquement grâce au dispositif du GVT (glissement vieillesse technicité).
Ce dispositif ne suffit pas à compenser le gel du point d’indice. C’est d’ailleurs pour cela qu’a été mise en place, en 2008, l’indemnité de garantie individuelle du pouvoir d’achat (GIPA). Elle se déclenche si l’ensemble des augmentations d’un agent n’atteint pas l’inflation sur quatre ans. Selon les derniers chiffres disponibles (2012), elle a été versée à 159 000 agents, pour un montant moyen annuel de 477 euros.
Plus récemment, un nouveau dispositif est venu s’ajouter : le PPCR (parcours professionnels, carrières et rémunérations). Il s’est d’abord traduit en 2016 par un « échange prime-points » (les primes sont diminuées et le traitement de base amélioré en conséquence). Les revalorisations des grilles devraient avoir lieu cette année, comme s’y est engagé le gouvernement en réponse aux « stylos rouges ». Sur le quinquennat, 1 milliard d’euros devraient être consacrés à ces revalorisations.

Des salaires sous la moyenne de l’OCDE

L’autre plainte récurrente des « stylos rouges » est la faible rémunération des enseignants français par rapport au reste des pays européens. De fait, la France rémunère plutôt mal ses enseignants par rapport aux autres pays développés de l’OCDE. Les salaires annuels « réels », primes et allocations comprises, des enseignants français se situent en dessous de la moyenne des trente-six pays étudiés, de la maternelle au lycée. Ces émoluments arrivent loin derrière ce qui est pratiqué aux Etats-Unis ou en Allemagne, par exemple. Et c’est à l’école primaire que l’écart est le plus marqué (− 14 % par rapport à la moyenne, − 40 % par rapport à l’Allemagne).
Salaire des enseignants : la France en dessous de la moyenne de l’OCDE.

Avec l’avancement, un salaire maximum en France pourra dépasser la moyenne de l’OCDE, mais le salaire d’entrée est, lui, très faible. « Dans le premier cycle de l’enseignement secondaire, l’Angleterre [Royaume-Uni], le Chili, la France et le Japon font figure d’exception : le salaire des enseignants est inférieur de 5 % au moins à la moyenne de l’OCDE en début de carrière, mais est supérieur de 5 % à 25 % à l’échelon maximal », détaille l’OCDE. Les possibilités d’avancement sont ainsi plus avantageuses que dans d’autres pays. Toutefois, la France stagne dans le bas du panier pour les salaires de milieu de carrière et sur les qualifications les plus courantes.


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